Archive pour la catégorie ‘Monde’

Des négociations qui progressent, des camps climat qui se succèdent

août 10, 2010

Du 2 au 6 août, une troisième rencontre était organisée à Bonn pour préparer le prochain sommet sur les changements climatiques à Cancun (29 novembre – 11 décembre). Si la précédente rencontre de début juin avait été assez catastrophique, il semblerait que celle-ci soit un bon cru. Les pays dits « développés » semblent avoir été renvoyés dans les cordes à force de vouloir faire du calamiteux « accord » de Copenhague l’alpha et l’omega des négociations. Ainsi, la Bolivie se félicite d’avoir pu intégrer dans le principal texte de négociations les principales exigences portées par l’accord des peuples de Cochabamba : réduction de 50 % des émissions de GES pour la seconde échéance du protocole de Kyoto (2013-2017), la référence à 1°C d’augmentation maximale et à la limite de 300 ppm de CO2 dans l’atmosphère, la proposition d’un Tribunal International Climatique et celle de consacrer 6 % du PIB mondial à la lutte contre le changement climatique. Est également indiqué le principe de l’« espace carbone », qui demande que les droits d’émission de CO2 soient limités mondialement et répartis entre les pays proportionnellement à leurs besoins de développement ou, a contrario, à leur responsabilité historique dans la pollution de l’atmosphère (voir l’article de l’Humanité).
Rien n’est décidé à ce stade et ces références ne sont que des options parmi d’autres. Sans une véritable mobilisation populaire, capable de peser sur les choix que feront les gouvernements à l’automne, il est peu vraisemblable que les propositions les plus abouties soient retenues. A ce titre, l’appel à des mobilisations pour la semaine du 10 au 17 octobre prend tout son sens.

En été, les camps climat prospèrent.

Camp climat à Harfleur (photo Daniel Maunoury)

Sur le slogan « changer le système pas le climat« , quelques centaines de militants se sont retrouvés du 22 juillet au 1er août à Harfleur, estuaire de la Seine, pour participer au Camp Action Climat français 2010. Après un premier Camp en août 2009 contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il s’agissait de dire STOP au groupe pétrolier TOTAL, un des premiers émetteurs de gaz à effets de serre en France et « symbole international des grandes sociétés sans scrupules, exploitant et détruisant sans limites et dont les activités et les pratiques iniques mettent en péril le climat, les milieux naturels, les populations et vont à l’encontre du bien commun de l’humanité » (plus d’infos ici). Expérimentant un lieu de vie temporaire, autogéré et avec une empreinte écologique minimum (cuisine végétarienne, toilettes sèches, énergie solaire et éolienne…), les activistes présents ont également bloqué durant 4h l’approvisionnement en blé d’une usine d’agrocarburants² (voir ici et ici ). Un appel à bloquer la raffinerie de Normandie le 16 octobre prochain a également été lancé.

Total, dans la Région du Havre

D’autres camps climat en Europe sont programmés (voir le calendrier ici). Quelques infos qui nous sont parvenues :
- en Suède, plus d’une centains d’activistes se sont retrouvés au nord de Stockholm du 2 au 8 août, où ils ont notamment organisé une action de solidarité envers les activistes écologistes russes attaqués par l’extrême-droite ;
- en Belgique, une centaine d’activistes issus du camp climat ont bloqué la partie transport de marchandises de l’aéroport de Liège pour dénoncer les « crimes commis par l’aviation et notamment le transport international de nourriture« . Voir ici.
- Au Royaume-Uni, et alors que le gouvernement britannique a annoncé l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow, le camp climat aura lieu du 21 au 24 août à Edinburgh et aura pour cible la Royal Bank of Scotland, « l’un des plus importants investisseurs de la planète dans le pétrole, le gaz et le charbon ». Voir cette vidéo de 3 minutes qui annoncent le camp climat. Plus d’informations ici.

A noter également :

- alors que la raffinerie des Flandres a été redémarrée suite à la mobilisation des salariés et à une décision de justice favorable, nous rappelons l’existence de cet appel, publié courant mars, qui demandait la préservation des collectifs de travail pour les 5 prochaines années, nécessitant son redémarrage, et le lancement d’un processus de reconversion écologiquement soutenable ; il est plus que jamais d’actualité ;
- une action de Bizi ! qui a réuni plus de cent personnes ce 1er août à midi pendant les fêtes de Bayonne pour appeler à la journée de mobilisation du dimanche 10 octobre 2010, autour de la revendication de baisse de 10 % des gaz à effet de serre dès 2010.

Action de Bizi ! appelant à la journée du 10 octobre 2010

Après Bonn, construisons des pistes alternatives…

juin 15, 2010

Il n’y a pas grand-chose à retenir de la rencontre intermédiaire de Bonn (19 mai – 11 juin). Comme souvent, Yvo de Boer a résumé la situation : « Je ne pense pas que le processus puisse aboutir, dans les dix ans à venir, à des objectifs de réduction adaptés ». La copie des pays développés est à revoir. Actuellement, la compilation des objectifs qu’ils ont annoncés mène à une fourchette de réduction de -12% à -18% pour 2020, par rapport à 1990. Ils espéraient acheter les pays pauvres en promettant 30 milliards de dollars de financements rapides à Copenhague : ils n’arrivent pas à les verser et il apparait que la majeure partie de cet argent est de l’aide au développement recyclée.  D’autre part, ces sommes seraient principalement dédiées à la réduction des émissions des pays émergents plutôt qu’aux pays pauvres.

Vidéo ici


S’ajoutent les velléités des pays développés visant à faire de l’accord de Copenhague la base de toute négociation au détriment d’une suite contraignante au protocole de Kyoto. Ainsi que leurs initiatives pour diminuer au maximum leurs réductions domestiques (REDD+ lié aux mécanismes de compensation ; querelle concernant la prise en compte du carbone stocké dans les  forêts des pays riches, LULUCF). Dans le même temps, les pays en développement, Chine en tête, ne sont pas porteurs de propositions alternatives radicales visant à transformer sérieusement les modèles de production et de consommation de nos sociétés pour les rendre véritablement conciliables avec la préservation des écosystèmes dans lesquels nous vivons.

Hormis la Bolivie, et quelques autres, s‘appuyant sur l’accord des peuples de Cochabamba – dont les préconisations sont d’ailleurs marginalisées dans les textes des négociations officielles (1) – trop rares sont les propositions en rupture avec le modèle dominant. Si ce n’est dans les manifestations…et initiatives des associations au ONG impliqués dans la mouvance Climate Justice Now.

  • Voir des diaporamas des mobilisations ici, ici et ici.

Dans les mois à venir, les initiatives citoyennes alternatives pour faire face efficacement aux dérèglements climatiques tout en faisant œuvre de justice sociale sont donc décisives (voir ici et ici). Des rendez-vous sont déjà fixés pour une semaine de mobilisations du 10 au 16 octobre et pour des initiatives décentralisées partout dans le monde pendant le sommet de Cancun (29 nov. 11 déc). Via Campesina appelle ainsi à réaliser 1000 Cancun (voir calendrier ici). En France, nous pouvons compter sur :

les 2, 3, et 4 juillet, le 10ème Rassemblement contre le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, au lieu dit « Le LIMIMBOUT » – Tract de présentation ici.

22 juil – 1 août : Camp Climat au Havre, comme « premier port pétrolier et premier site industriel émetteur de gaz à effet de serre en France » ; voir le tract ici.

De nombreuses initiatives publiques, qui de Montreuil à Clermont en passant par Poitiers, sont organisées pour rester vigilants et proposer des pistes alternatives.Voir ici.

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(1) voir les pétitions électroniques des Amis de la Terre International ici et de la Bolivie ici.

qWo7@gaqYdPt

Bonn : la « confiance » nécessite de véritables solutions ! System change, not climate change !

juin 2, 2010

Plus de 5 mois après la clôture calamiteuse de la COP-15 de Copenhague[i], et 6 mois avant la Cop-16 de Cancun au Mexique (29 nov – 10 déc), la rencontre intermédiaire de Bonn (31 mai – 11 juin) s’est ouverte dans un climat de défiance.

D’Yvo de Boer à Christiana Figueres qui va lui succéder le 1er juillet, en passant par les négociateurs et observateurs les plus avertis, les déclarations annonçant qu’il n’y aura pas d’accord sur le climat cette année et qu’il faudrait se contenter des mesures « opérationnelles » pour aider les pays les plus pauvres et protéger les forêts, ne cessent de se multiplier.

Comme s’il était possible d’écarter le cœur des négociations – les engagements contraignants de réduction de GES des pays développés – pour se concentrer sur ce qui serait plus aisé. De fait, les pays développés agitent quelques milliards d’euros et des mécanismes de financements de projets moins carbonés au Sud pour masquer leur propre incapacité à réduire leurs émissions domestiques de GES et transformer leurs modèles économiques. Certains pays du Sud, comme la Bolivie, et les mouvements sociaux ne sont pas dupes et réclament que les propositions contenues dans l’accord des peuples de Cochabamba, notamment un engagement de réduction de 50 % d’ici 2020, soient intégrées dans les textes des négociations au même niveau que celles du pseudo-accord de Copenhague.

Il faut rappeler à celles et ceux qui disent souhaiter redonner « confiance dans le processus de négociations » que cette « confiance » nécessite des actes et non plus des engagements vagues au final non tenus. Aujourd’hui, l’incurie des principaux gouvernements de la planète ont de fait ouvert la porte à l’offensive des climato-sceptiques. Face à cela, les mouvements sociaux sont revenus de Cochabamba avec un agenda de rendez-vous et d’initiatives pour 2010 – ici à Bonn et semaine internationale d’actions décentralisées du 10 au 16 octobre – afin d’imposer de véritables solutions, dans les négociations et sur le terrain. Seul un véritable rapport de force, s’appuyant sur des revendications globales ancrées dans des pratiques alternatives le permettra.

Documents :

Dérèglements climatiques et environnementaux : passer à l’offensive ! par Maxime Combes, point d’étape rédigé avant l’ouverture de de la rencontre de Bonn.

Article de Libération ici et dépêche Reuters ici.

Intervention de la coalition Climate Justice Now ! lors de l’ouverture du groupe de travail sur le protocole de Kyoto ici,


[i] Voir Trois leçons rapides de «Flopenhague», http://copenhague.blogs.liberation.fr/climat/2009/12/trois-leçons-rapides-de-flopenhague.html

Sables bitumineux : l’UE, complice du Canada ?

mai 1, 2010

Ce mercredi 5 mai se tient à Bruxelles un sommet UE-Canada. Les dérèglements climatiques sont au programme. Nous pourrions légitimement attendre de l’Union Européenne, en quête de leadership sur le climat, qu’elle interpelle vivement le premier Ministre canadien, Stephen Harper, qui sera par ailleurs l’hôte du prochain G20 (Toronto – 27 et 28 juin). En effet, le gouvernement canadien refuse toujours de s’engager sur de véritables politiques de réduction d’émissions de gaz à effets de serre (GES) tout en facilitant l’extraction du pétrole le plus polluant de la planète dans les sables bitumineux d’Alberta.

Ainsi, le Canada, et par son entremise les lobbies pétroliers, exerce une forte pression sur l’Union Européenne pour qu’elle ne soit pas trop stricte et sévère dans l’application de sa directive sur la qualité des carburants qui prévoit que les fournisseurs de carburant réduisent leurs émissions de 6 % d’ici 2020. Alors que c’est déjà peu, leur objectif est d’empêcher que l’UE différencie les carburants en fonction des émissions de GES qu’ils suscitent, aussi bien par leur extraction que par leur utilisation. Le document de travail sur les modalités exécutoires de la directive qui affirmait noir sur blanc que le pétrole extrait des sables bitumineux est plus polluant[1] que le pétrole dit « conventionnel »[2] vient en effet d’être modifié (voir ici). C’est loin d’être anodin : appliquer le taux moyen au pétrole issu de ces sables reviendrait à légitimer leur extraction. Alertés par des ONG européennes (voir ici), quelques députés européens ont pris des initiatives parlementaires (voir ici et ici).

Ce ne sera pas suffisant pour mettre fin à la catastrophe écologique, sociale et humaine (voir cet excellent article) que constitue l’extraction de ce pétrole, qui fait du Canada le deuxième pays en termes de réserves, derrière l’Arabie Saoudite, et le premier fournisseur des Etats-Unis. Sous la forêt boréale, ce sont 170 milliards de barils qui, pour être transformés en pétrole lourd, nécessitent des quantités d’eau indécentes (4 à 5 barils pour un de pétrole), de gaz naturel (un demi baril pour un de pétrole) et rejettent trois fois plus de GES que l’exploitation du pétrole « conventionnel ». En causant l’équivalent d’une marée noire par an, ces pratiques détruisent la faune et la flore de manière spectaculaire tout en exterminant les populations autochtones victimes des maladies produites par la pollution des eaux, de l’air et des ressources issues de la pêche et de la chasse.

A l’occasion des Assemblées Générales des principales compagnies pétrolières européennes, des représentants de ces peuples sont en Europe pour interpeller l’opinion publique. Ils multiplient pour cela les actions de rue, comme ici lors de l’AG de BP. De son côté, Total, déjà présent sur trois gisements, a annoncé qu’il investirait 15 à 20 milliards de dollars canadiens dans les années à venir pour que les sables bitumineux assurent 10 % de sa production totale. Lors de l’AG de Total le 21 mai prochain, plusieurs initiatives seront prises, en présence de représentants de ces peuples amérindiens. Plus d’informations à venir.


[1] 107 grammes de CO2 par mégajoule d’énergie produite

[2] 85,8 grammes de CO2 par mégajoule d’énergie produite

Cochabamba (presque) en direct…

avril 22, 2010

En raison du volcan islandais, très peu de représentants d’organisations membres d’Urgence Climatique Justice Sociale ont pu se rendre à Cochabamba. Peu de textes et vidéos en français sont donc disponibles : vous en trouverez ci-dessous quelques-uns, accompagnés de quelques traductions, en grande partie réalisées par le projet Medium.

Visitez le nouveau site de la coalition internationale Climate Justice Now (fr, en, sp).

La déclaration finale est accessible :

- ici en français ;

- ici en espagnol ;

- ici en anglais ;

En français :

Cochabamba : de la « guerre de l’eau » à la conférence alternative sur le climat, et Cochabamba : quand la planète « d’en bas » discute du climat par Pauline Lavaud, de la Fondation France Libertés, publiée par Bastamag.

Cochabamba : quand la voix des peuples se fait entendre, par Juliette Renaud, conseillère technique sur les problématiques environnementales du Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel, et membre du REDAJ (Réseau d’assistance juridique contre les méga-activités minières).

La Via Campesina se mobilise pour la Conférence des peuples sur le Climat à Cochabamba, communiqués de presse de la Via Campesina, ainsi qu’ici, ici et ici.

Cochabamba : ambivalence et excitation, Cochabamba : quelles perspectives pour le mouvement du climat ? et Cochabamba : vers une semaine mondiale d’action pour la justice climatique par Tadzio Muller, militant des coalitions Climate Justice Action et Climate Justice Now.

Les droits de l’Homme et les droits de la nature sont les deux noms d’une même dignité par Eduardo Galeano, écrivain uruguayen.

En Bolivie, une nouvelle chance pour le climat, par Pablo Solón, ambassadeur de Bolivie à l’ONU.

A propos de l’initiative de Cochabamba et de « la TerreMère », par Pierre Khalfa

Cochabamba: les «alters» veulent un contre-sommet climatique, article de Jade Lindgaard pour Médiapart.

En Bolivie, appel « populaire » à un tribunal du climat, Article d’Hervé Kempf pour Le Monde.

Sommet de Cochabamba : un premier bilan, dépêche de Clara Delpas pour Novethic.

Cochabamba : rien à signaler, vraiment ?, par un blogger francophone présent à Cochabamba, ainsi qu’ici et ici.

En Anglais ou espagnol :

Le site officiel de la rencontre, notamment les bulletins d’information 1 et 2 et ici pour des vidéos.

La Web-radio des Amis de la Terre International où sont publiés de nombreux articles audios.

Un site américain très riche en informations, vidéos, retour historique sur la guerre de l’eau à Cochabamba.

Cochabamba: Mining protests overshadow climate summit, article du Guardian suite à une grève dans une mine d’argent bolivienne exploitée par une entreprise japonaise.

A New Climate Movement in Bolivia, par Naomi Klein

La déclaration des mouvements sociaux ici en anglais et ici en espagnol.

Après Copenhague, des négociations sans perspective. Cochabamba, pour imposer une alternative ?

avril 12, 2010

Les représentants de la grande majorité des pays de la planète se sont réunis du 9 au 11 avril, à Bonn (Allemagne) « pour relancer les négociations sur le climat ». Ce n’est pas gagné. Yvo de Boer, chef de la convention cadre de l’Onu sur les dérèglements climatiques pour quelques mois encore, a déclaré qu’il n’y aura pas d’accord sur le climat cette année et qu’il faut se limiter à des mesures concrètes pour aider les pays les plus pauvres et pour protéger les forêts (voir ici et ici). On est loin des objectifs initiaux fixés à Bali en 2007 visant une régulation mondiale des émissions, la mise en place de financement et de transferts de technologie suffisant à la fois pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.

Après le « rendez-vous historique » (manqué) de Copenhague (voir ici), c’est aujourd’hui « rendez-vous avec la stratégie des petits pas »… Or, nous savons bien que cette stratégie, déjà usitée avec le protocole de Kyoto ne fonctionne pas. Les émissions continuent à croître et les financements ne sont pas au rendez-vous. Résultat, les populations les plus pauvres paient les conséquences de comportements dont elles ne sont pas responsables. Business as usual.

D’autre part, la stratégie de nombreux pays du Nord visant à faire du calamiteux texte de Copenhague la base des négociations futures est proprement inadmissible. Les pressions s’exerçant sur de nombreux pays non signataires ne sont pas acceptables. Pas plus que l’attitude des Etats-Unis qui ont annoncé que les pays dénonçant l’accord ne recevront pas d’aide et qui ont stoppé des financements et projets à destination de la Bolivie et de l’Equateur (voir ici).

A tout le moins, les négociations 2010 devraient permettre d’aboutir à Cancun (Mexique – décembre) sur une deuxième phase d’engagements contraignants dans le cadre du protocole de Kyoto et des engagements de long terme de l’ensemble des pays respectant le principe de responsabilités différenciées entre pays dits « développés » et pays en « développement ». Ce n’est pas la voie qui est prise, montrant par là que les gouvernements des principaux pays de la planète ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Cochabamba, pour imposer une alternative ?

Face à cette inertie dangereuse des négociations officielles, la Bolivie, qui fait partie des rares pays à s’être positionné publiquement contre le texte de Copenhague, a pris l’initiative d’inviter gouvernements, scientifiques, institutions internationales, ONG et mouvements sociaux à une « Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Mère Terre » qui aura lieu à Cochabamba du 20 au 22 avril (voir ici).

Quelles que soient les appréciations que l’on peut avoir sur l’intitulé de la rencontre ou de certains des groupes de travail, c’est aujourd’hui la seule initiative internationale qui se donne pour objectif de transformer le rapport de force pour infléchir l’agenda international sur les enjeux climatiques et environnementaux. Tout en rejetant les solutions préconisées par la Banque Mondiale ou le G20, cette conférence pourrait décentrer les enjeux des négociations officielles, en mettant en lumière les enjeux sociaux, politiques et géopolitiques des solutions à apporter au changement climatique :

-          proposer des solutions alternatives face au changement climatique comme autant de pistes pour un accord dans le cadre de l’ONU ;

-          travailler à l’organisation d’un Référendum mondial des peuples sur le changement climatique,

-          avancer sur la création d’un tribunal international pour la justice climatique ;

-          discuter d’un projet de « Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère » ;

De très nombreux mouvements sociaux, ONG et autres acteurs de la société civile, notamment sud et nord-américaine seront présents à Cochabamba. Nombre d’entre eux, notamment la coalition Climate Justice Now, appellent d’ailleurs à une assemblée des mouvements sociaux le 19 avril, préalablement à la Conférence officielle, pour rappeler nos exigences et revendications, en toute autonomie.


Conférence de Sarkozy sur les forêts : mise en scène et fausses solutions sont au programme.

mars 10, 2010

Quelques jours après avoir flatté l’agrobusiness au salon de l’agriculture[1], Nicolas Sarkozy relance sa diplomatie climatique hasardeuse[2] par une mise en scène peu crédible. Il a convoqué une « conférence internationale sur les grands bassins forestiers » ce jeudi 11 mars à Paris, en dehors de tout cadre onusien de négociations. S’appuyant officiellement sur « les avancées obtenues à Copenhague », cette conférence a pour objectif de concrétiser les « financements et actions précoces du programme REDD+ » (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts), mais aussi les modes de « gouvernance » de ce mécanisme. S’appuyant sur une supposée « expertise forestière française » (sic[3]), Nicolas Sarkozy fait miroiter aux 25 ministres de l’environnement issus des principaux bassins forestiers (Bassin du Congo, de l’Amazonie, d’Amérique centrale et d’Indonésie) des financements rapides et significatifs, transformant, par effet d’aubaine, les forêts primaires restantes en véritable manne financière.

La déforestation comptant pour au moins 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), il est urgent et souhaitable d’aider les pays en développement à protéger leurs forêts primaires et à réduire les émissions causées par le déboisement. Néanmoins ce soutien ne peut se faire à n’importe quelle condition et il doit respecter certains principes élémentaires :

-         les plantations nouvelles doivent être exclues : les forêts tropicales stockent cinq fois plus de carbone que les plantations et constituent des réserves de biodiversité irremplaçables ;

-         les droits des populations vivant des forêts et/ou dans les forêts doivent être respectés, ce qui n’est généralement pas le cas avec les projets de conservation forestière, qui plus est lorsqu’ils sont financés par les pays développés ;

-         aucune compensation et création de droits d’émission ne doivent voir le jour en contrepartie de financements internationaux : les pays du Nord ne doivent pas pouvoir échanger leur pollution réelle contre celle, virtuelle, des pays du Sud, en finançant leur programme de lutte contre la déforestation ; le développement de la finance carbone que susciterait la généralisation de ces droits d’émission, simple effet d’aubaine pour des intérêts financiers délégitimés, est dangereuse et inefficace ;

Les forêts ne sont pas que des puits à carbone. La déforestation ne peut donc se réduire à une question monétaire. Enrichissant des potentats locaux bien souvent soutenus par d’anciens pays colonisateurs, elle met d’immenses territoires au service de l’économie mondialisée pour répondre à l’explosion de la demande de viande industrielle, de soja pour le bétail, de bois précieux, d’huile de palme destinée aux agrocarburants etc…

Stopper la déforestation et entrevoir une véritable régulation des forêts respectueuse des droits des populations n’est possible qu’à condition que ces dernières soient associées aux décisions et que les négociations aient lieu dans un cadre international multilatéral transparent. En excluant toute présence d’ONG ou associations et en envisageant la création d’un « secrétariat » pour gérer ces aides financières en dehors de l’ONU, Nicolas Sarkozy et le gouvernement français continuent de mener une diplomatie climatique parallèle inefficace et dangereuse que nous ne pouvons que dénoncer.

Voir également le communiqué d’Attac France ici, celui de la coalition Forests People Programme ici (et une traduction en français ici)


[1] En visite au Salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy s’est fendu d’un mémorable « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire ».

[2] Déjà avant Copenhague, Sarkozy et Borloo avaient sillonnait l’Afrique et l’Asie avec leur fameux plan « Justice Climat » qui n’avait rien de juste et qui, hors la mise en scène d’une diplomatie climatique hors ONU, n’a en rien fait avancer les négociations.

[3] La France a joué un grand rôle dans la déforestation d’une grande part de l’Afrique de l’Ouest, dont la Côte d’Ivoire qui en pait encore le prix aujourd’hui.

Retour sur la caravane…

janvier 29, 2010

Tout début décembre, à l’occasion du sommet de l’OMC à Genève et du sommet Climat de Copenhague, une caravane, composée de trente-cinq représentants de mouvements sociaux du Sud, a interpelé les pouvoirs publics et les citoyens sur le changement climatique et les conséquences de la libéralisation du commerce sur les peuples du Sud.

Cette caravane regroupait des représentants d’associations environnementales, d’organisations paysannes, de groupements indigènes, d’associations de femmes, des acteurs de luttes locales face aux impacts de l’activité des multinationales (industries extractives en particulier) venant d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Océanie.

Retrouvez ici une vidéo de son passage à Dijon (et déjà publié ici un retour sur son étape parisienne) :

Pour que toutes les voix dissidentes puissent encore se faire entendre !

décembre 16, 2009

De 5000 à 10 000 manifestants ont participé à l’action non-violente et légale « Reclaim Power » ce mercredi 16 décembre. Compte-tenu de la psychose sécuritaire régnant à Copenhague et des provocations multiples des autorités danoises vis-à-vis de cette initiative portée par les coalitions Climate Justice Action et Climate Justice Now, c’est une nouvelle réussite, après l’immense manifestation du 12 décembre qui fera date.

Comme l’on pouvait s’y attendre, la police danoise a réagi de manière violente et complètement disproportionnée en multipliant les arrestations arbitraires, dont celle d’un Français, Nicolas Haeringer, membre du comité de rédaction de Mouvements et porte-parole du Mouvement pour une Alternative Non-Violente. C’est intolérable. Nous exigeons des autorités qu’elles cessent ces provocations incessantes. L’action Reclaim Power visait à bousculer les négociations officielles en créant un « Forum des Peuples » pour faire entendre celles et ceux qui sont ne sont jamais écouté-e-s et pour imposer notre propre agenda et nos solutions.

Alors que les négociations piétinent, que la présidente de la Convention démissionne, que les pays du Nord refusent de reconnaître leurs responsabilités historiques, que l’Union Européenne revoit ses promesses à la baisse, que la France manœuvre vilement pour acheter le soutien de l’Afrique etc… il est plus que temps d’agir pour que les négociateurs entendent les revendications des mouvements sociaux et écologistes. Loin de réclamer la fin des négociations, notre action vise à exiger un « bon accord« , qui engage de façon contraignante les pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à hauteur au minimum des recommandations du GIEC, qui reconnaisse la responsabilité historique des pays du Nord et qui dégage les fonds nécessaires à l’adaptation et à la conversion énergétique des pays pauvres. Nous portons également les revendications suivantes : pas de solutions basées sur le marché, laisser les ressources fossiles dans le sol, contrôle démocratique des populations sur les ressources naturelles, relocalisation des productions, réduction des surconsommations notamment du Nord, reconnaissance de la dette écologique contractée auprès des pays du Sud, reconnaissance des droits des populations indigènes.

Loin de chercher à nous entendre, l’ONU et les autorités danoises remettent en cause le caractère démocratique et transparent affiché de la COP-15 et la possibilité pour toutes les voix dissidentes de se faire entendre : réduction drastique des accréditations ces mardis et mercredis pour atteindre à peine 1000 puis 90 accréditations jeudi et vendredi pour l’ensemble des ONG et mouvements sociaux, interdiction d’entrée arbitraire depuis ce mercredi matin pour des ONG, comme les Amis de la Terre, ou mouvements perçus comme une « menace » pour le bon déroulé des négociations, … Au final, la COP se referme sur les seuls chefs d’Etat sans que les ONG, les populations indigènes, les mouvements sociaux et plus largement tous les représentants de la « société civile » puissent faire entendre leurs voix. Nous condamnons ces agissements et nous continuerons à faire entendre toutes les voix qui ne peuvent plus s’exprimer librement.